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Archives - babillardAppel de textes: Revue Fémur «la représentation (ou de l’absence de représentations) du travail». Échéance: 30 mai 2018

Appel de textes: Revue étudiante Fémur
« La représentation (ou de l’absence de représentations) du travail ».
Échéance: 30 mai 2018


« Le travail, c’est bien une maladie, puisqu’il y a une médecine du travail », disait
Coluche en 1995. Au-delà de l’humour, la citation révèle une conception négative du travail
et affirme l’exact opposé de l’adage populaire « le travail, c’est la santé ». En effet, avec
l’industrialisation d’abord, puis avec l’essor du néolibéralisme et la précarisation récente de
l’emploi, le travail est plus souvent perçu comme une source de souffrance qu’un vecteur de
bien-être. Au tournant des années 1980 en France, Dominique Viart parle d’un réveil de la
littérature du travail (2011) qui « accuse autant qu’[elle] met en forme une idée de perte
généralisée, dont l’aboutissement est la précarité grandissante – du travail et de l’expérience
humaine qu’il génère » (David, p. i). Alors que le constat est sensiblement le même de l’autre
côté de l’Atlantique, il est très peu question de « la job » dans la critique littéraire québécoise.
C’est à cette question de la représentation (ou de l’absence de représentations) du travail dans
le théâtre, la poésie, la bande dessinée, l’essai et le roman québécois que le premier numéro
de FÉMUR sera consacré.
De Jean Rivard le défricheur aux Pensées pour jours ouvrables de Bureau Beige
(2017) en passant par Le cassé (1964), Môman travaille pas, a trop d’ouvrage (1976) et les
nombreux romans historiques qui prennent pour décor un Québec ouvrier du siècle passé, le
travail prend plusieurs formes et occupent différentes fonctions (narratives, identitaires,
idéologiques, critiques) qui ont surtout été étudiées sous l’angle de la sociocritique et de la
sociologie. Central à certaines conceptions féministes (Toupin, 2014) et marxistes de la
société, le travail (et son envers le chômage, par exemple) conserve en effet, dans les oeuvres
et dans la critique littéraire québécoise, une profondeur historique qui en fait un objet
politique ou à tout le moins, un objet qui problématise les liens entre littérature et politique. À
ce titre, le joual, qui domine les représentations des milieux populaires à Parti pris
notamment, illustre bien cette jonction entre projet littéraire et projet politique (marxisant), à
l’horizon d’une poétique du travail spécifique. Des décennies plus tard, des questions
similaires, à propos de l’engagement de l’oeuvre et de l’écrivain, de l’oralité et de la fonction
critique de la littérature, se posent à la lecture de l’oeuvre romanesque et poétique d’Érika
Soucy (Les murailles, L’épiphanie dans le front), des Confessions d’un cassé (2015) ou des
Contes du travail alimentaire (2011), mais aussi d’un texte comme Retraite de Renaud Jean
(2014), qui opère une critique de la doxa économique par l’entremise du motif de l’ennui et
de la retraite.
Suivant en cela les changements économiques qui amènent de nouvelles « normes » et
« formes » de travail, un grand nombre de Québécois⋅es se trouvent dans l’obligation
d’occuper des emplois atypiques (pigiste, travail « par projets », contrats, temps partiel,
intérim, stages, travail « au noir », à domicile, de nuit, etc.). Quelle place les oeuvres
québécoises contemporaines réservent-elles à ces travailleurs⋅euses précaires ? Quel portrait
les textes dressent-ils de la main d’oeuvre issue des régions plus éloignées, dont les
possibilités d’avenir sont dictées par les réalités propres au territoire habité ?

Et qu’en est-il des femmes qui, malgré leur « présence accrue sur le marché du travail depuis le dernier
siècle », assument toujours « les deux tiers des corvées domestiques » (Hamrouni, p. 2) ?
Entendu comme l’ensemble des activités et des soins prodigués pour assurer le maintien du
bien-être d’une personne, le care rendu par les femmes fait-il l’objet de représentations dans
la littérature québécoise ? S’apparente-t-il à une forme de travail ou est-il plutôt décrit en
termes de choix personnel, voire de vocation propre à la gent féminine ?


Sur les plans esthétiques et poétiques, les littératures du travail soulèvent également
plusieurs interrogations. Perçu comme routinier, le quotidien des travailleurs⋅es laisse parfois
difficilement place à l’événement et appelle une langue répétitive ou technocratique.
Comment les oeuvres s’accommodent-elles de cette monotonie ou, au contraire, de la
contrainte de la productivité tous azimuts ? Existe-t-il, au sein de certains projets littéraires,
« un caractère expérimental [qui s’efforce de traduire] la “novlangue
néolibérale” (Krzywkowski, p. 73) » ? Conjointement à la question de l’écriture se pose celle
du rapport à la réalité : certains genres sont-ils privilégiés pour relater l’expérience du travail
(romans historiques, formes hybrides, formes dramatiques, fictions documentaires,
biographies, récits, témoignages, etc.) ? Quelle valeur l’institution leur accorde-t-elle ; y a-t-il
un « coût symbolique » élevé aux représentations du travail ? Enfin, au-delà du projet de
représentation, les littératures du travail comportent-elles d’autres visées ? Quelle conception
de la littérature et de ses « pouvoirs » mettent-elles en jeu ?
Plusieurs axes peuvent être explorés (liste non exhaustive) :
- Représentations du care comme forme (ou non) de travail
- L’envers du travail : le chômage, l’ennui, l’errance, l’improductivité, le retrait
(temporaire ou définitif)
- Négativité du travail : mort, dépression, aliénation, domination, exploitation,
souffrance physique et psychologique, etc.
- Cartographies du travail : présence et importance du territoire (Grand Nord, Abitibi,
Eeyou Istchee, forêt, etc.), de la ville, de la banlieue
- Travail de la fiction, travail du texte, pouvoirs de la fiction (storytelling)
- Circulation d’idées, de topoï, de stéréotypes, de discours et de représentations du
travail dans plusieurs sphères/productions discursives
- Enjeux poétiques : oralité, choix génériques, explorations langagières
- Enjeux institutionnels/de champs
- Le travail et la critique littéraire (approches, oeuvres, etc.)
- Liens entre travail et économie (en littérature), entre littérature et économie, littérature
et sociologie
- La question de l’engagement, de l’implication, de l’éthique littéraire
- Analyse comparative des représentations du travail dans plusieurs littératures
- Tensions entre le travail manuel et le travail intellectuel (dont celui de l’écrivain)
- Étude des dimensions et de l’intertexte idéologiques
- Enjeux métacritiques : le travail universitaire, le travail critique, la signification du
travail sur le travail
***
Les textes proposés doivent porter sur des textes contemporains et être inédits. Ils peuvent
prendre la forme d’essais ou d’analyses (3500-6000 mots). Ils peuvent être rédigés en
français ou en anglais et doivent être soumis par courriel à l’adresse suivante :
femur.lepied@littfra.com Fémur réservera également une place à des textes de qualité dont
la thématique ne correspond pas à celle du numéro. Tous les auteurs qui verront leur texte
sélectionné pour la publication s’engagent à procéder à un travail de réécriture en
collaboration avec le comité scientifique.
Date de tombée : 30 mai 2018.
***
BUREAU BEIGE, Pensées pour jours ouvrables, Moult Éditions, Montréal, 2017, 138 p.
DAVID, Anne-Marie, Le roman sans projet. Représentations du travail et de la débâcle
industrielle dans la littérature française contemporaine, thèse de doctorat,
Département des littératures de langue française, Université de Montréal, 2016, 311 p.
GÉRIN-LAJOIE, Antoine, Jean Rivard, le défricheur, Boréal, Montréal, 2006 [1874], 504 p.
HAMROUNI, Naïma, Le care invisible : genre, vulnérabilité et domination, thèse de doctorat,
Département de philosophie, Université de Montréal et Université catholique de
Louvain, 2012, 275 p.
JEAN, Renaud, Retraite, Boréal, Montréal, 2014, 191 p.
KRZYWKOWSKI, Isabelle, « Travail en noir : le travail dans le roman policier contemporain »,
Raison publique, n° 15, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2011, p. 67-81.
LEFEBVRE, Pierre, Confessions d’un cassé, Boréal, Montréal, 2015, 159 p.
RENAUD, Jacques, Le cassé, Éditions Parti pris, Montréal, 1964, 126 p.
ROBERGE, Guillaume-Van, Les contes du travail alimentaire, Éditions Rodrigol, Montréal,
2011, 105 p.
SOUCY, Érika, Les murailles, VLB éditeur, Montréal, 2016, 150 p.
SOUCY, Érika, L’épiphanie dans le front, Éditions Trois-Pistoles, Trois-Pistoles, 2012, 71 p.
THÉÂTRE DES CUISINES, Môman travaille pas, a trop d’ouvrage, Éditions du Remue-ménage,
Saint-Lambert, 1976, 78 p.
TOUPIN, Louise, Le salaire au travail ménager : chroniques d’une lutte féministe
internationale (1972-1977), Éditions du Remue-ménage, 2014, 451 p.
VIART, Dominique, « Écrire le travail : vers une sociologisation du roman contemporain ? »,
Raison publique, n° 15, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2011, p. 13-34.

Notre membre honoraire Micheline Labelle signe «Les partis politiques face aux modèles d’immigration et d’intégration», Le Devoir, 14 août 2018

Rachel Chagnon, directrice de l'IREF, et Sandrine Ricci, chargée de cours à l'IREF, sont citées dans «La riposte d’une Parisienne à des commentaires désobligeants devient virale», Le Devoir, 1er août 2018

Rachel Chagnon était également à l’émission «Le 15-18», pour discuter du «Dépôt d’une loi sur le harcèlement de rue en France» sur la Première chaîne d’Ici Radio-Canada, 1er août 2018 (à 16h38). Elle est aussi citée dans l'article «Mouvement #MOIAUSSI Pour que les victimes comptent vraiment», La Presse+, 30 juillet 2018

Lori Saint-Martin, membre IREF et professeure au Département d’études littéraires, écrit à son tour un texte dans Le Devoir «De la responsabilité des écrivains» suite à la démission de la directrice de la revue XYZ «refusant de cautionner un texte du prochain numéro dont la chute raconte une scène d’agression sexuelle». Le Devoir, 28 juillet 2018

Isabelle Boisclair, membre associée à l’IREF et professeure à l’Université de Sherbrooke, publiait le texte «Représentation du viol en littérature: pour dire quoi?» Le Devoir, 27 juillet 2018

Martine Delvaux, membre IREF et professeure au Département d’études littéraires, répondait aux questions dans l'article «Comment parler des violences faites aux femmes en littérature?» Le Devoir, 26 juillet 2018

Mélanie Millette du Département de communication sociale et publique et Rachel Chagnon, directrice de l’IREF, sont citées dans «La pilosité exposée dans une publicité», Le Devoir, 5 juillet 2018

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