Près de 25 ans plus tard: revisiter les thèmes de l’ouvrage de Francine Descarries et Christine Corbeil
En 2002, Francine Descarries publiait avec sa collègue Christine Corbeil l’ouvrage collectif intitulé Espaces et temps de la maternité. Près de 25 ans plus tard, pour honorer la mémoire de cette grande figure de la recherche féministe au Québec, nous proposons un numéro qui revisite les principaux thèmes explorés dans ce livre à partir de recherches et d’analyses contemporaines liées à la maternité. Déjà, dans cet ouvrage de référence, l’objectif était de « traduire, sous différentes thématiques, la diversité et la complexité des vécus maternels, et leurs enjeux spécifiques » (Descarries et Corbeil, 2002 : 16). La maternité y était mise en débats. Descarries et Corbeil s’interrogeant sur les manières de « tenir compte de l’attachement des femmes à la maternité tout en évitant de souscrire à une propagande nataliste ou familialiste » et sur les façons de « s’intéresser aux spécificités de l’expérience maternelles et paternelles sans réifier la différence et recourir à des interprétations essentialistes et culturalistes » (p.16). Tant la maternité dans toutes ses formes que la « non-maternité comme choix légitime pour les femmes » sont abordés. Présenté comme « une occasion de consolidation d’espace conceptuel féministe sur la maternité et la famille », l’ouvrage propose des réflexions sur des thèmes aussi variés que la lutte en faveur du droit à l’avortement (Louise Desmarais), l’imposition de la notion de « désir d’enfant » (Christine Delphy), les mots pour désigner la spécificité des familles homoparentales (Nathalie Ricard) et la précarité maternelle comme déterminant social de la santé (Maria De Koninck).
Les contributions attendues devront s’inscrire dans l’un ou l’autre des quatre grands axes qui structuraient l’ouvrage Espaces et temps de la maternité, soit :
- « La construction sociale de la maternité »
- « Les maternités plurielles »
- « Les questions de santé et de reproduction »
- « Le projet familial et les rapports sociaux »
L’objectif est d’en proposer une relecture à partir des réalités, débats et enjeux contemporains.
Sous l’angle de la construction sociale de la maternité, les propositions pourront notamment interroger les transformations récentes des normes, représentations et prescriptions entourant la maternité et la parentalité. Les auteur·ices pourront, par exemple, s’intéresser aux cultures parentales contemporaines et à l’évolution historique des savoirs experts qui encadrent les pratiques parentales, aux nouvelles injonctions adressées aux mères, ou encore aux tensions qui traversent aujourd’hui les catégories de « femme », de « mère » et de « parentalité » dans des contextes marqués par la reconnaissance croissante de la diversité et des identités de genre.
L’axe portant sur les maternités plurielles pourra accueillir des travaux consacrés à la diversité des expériences maternelles et parentales ainsi qu’aux nouvelles formes de non-maternité. Les contributions pourront notamment explorer la manière dont les expériences de la maternité, de la parentalité ou de la non-parentalité se déploient dans des contextes sociaux, culturels, économiques et familiaux diversifiés. Les réflexions portant sur les choix reproductifs dans un contexte de crises environnementales, climatiques ou géopolitiques, sur les effets de l’éco-anxiété sur les projets parentaux, ou encore sur les transformations contemporaines des significations associées au désir d’enfant, à la maternité et à la non-maternité constituent quelques exemples de thématiques susceptibles d’y trouver leur place
Dans le domaine de la santé et de la reproduction, les propositions pourront explorer les transformations contemporaines des savoirs, pratiques et technologies touchant la reproduction, la grossesse, l’accouchement, la contraception, la santé menstruelle, la santé maternelle et la justice reproductive. Les recherches portant sur les inégalités sociales de santé, les rapports entre santé, reproduction et biomédecine, l’accès aux soins, les parcours de fertilité et d’infertilité, la conservation de la fertilité, les inégalités d’accès aux traitements de procréation assistée, les enjeux entourant la gestation pour autrui ou encore les dimensions éthiques, sociales et politiques des choix reproductifs sont particulièrement bienvenues.
Enfin, l’axe consacré au projet familial et aux rapports sociaux pourra donner lieu à des analyses des transformations contemporaines des rapports entre famille, travail et citoyenneté. Les recherches portant sur les politiques familiales, « l’articulation famille/travail » (Descarries et Corbeil, 2002), le travail domestique, la « charge mentale » (Haicault, 2020), les conditions de travail des parents, les approches développées en ergonomie ou en santé au travail, les violences conjugales/familiales, la coercition reproductive, la socialisation genrée des enfants ou encore les effets différenciés des rapports sociaux – comme la racialisation, le capacitisme, le (cis)sexisme – sur les expériences parentales, s’inscrivent pleinement dans cette perspective. Les analyses sur l’utilisation de la maternité à des fins de mobilisations collectives tant progressistes que réactionnaires sont aussi les bienvenues.
Les exemples présentés dans chacun des axes ont une valeur illustrative et non limitative. Nous souhaitons accueillir des contributions basées sur un corpus originales et contemporaines (textes, matériaux visuels, entretiens, etc.) qui contribuent à renouveler les connaissances féministes sur la maternité, la parentalité et la famille, tout en poursuivant le dialogue critique amorcé par Francine Descarries et Christine Corbeil dans Espaces et temps de la maternité.
Numéro dirigé par Mélissa Blais, Isabelle Courcy, Catherine Des Rivières-Pigeon
Calendrier de travail :
15 octobre 2026 – Date limite des propositions comprenant un résumé de 400 mots et une notice biographique. Formulaire de dépôt
19 octobre 2026 – Sélection des propositions et décisions aux personnes autrices
29 janvier 2027 – Date limite de dépôt des textes finaux dans OJS (8 000 mots maximum)
De février à mars 2027 – Révision des textes
Fin avril 2027 – Remise des versions finales :
De mai à juin 2027 – Deuxième ronde de révision, si nécessaire
De juillet à septembre 2027 – éditions des textes
Octobre 2027 – Mise en ligne et lancement du numéro
Protocoles et Politiques éditoriales de la revue PréfiX



