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Quelques mois après le décès de Teresa de Lauretis, cet appel à contributions vise à promouvoir une réflexion critique sur l’actualité de sa contribution théorique et méthodologique aux sciences sociales, en accordant une attention particulière à sa réception, à ses réinterprétations et à ses applications possibles dans la sociologie italienne et dans le panorama plus large des études sur le genre, la sexualité, la subjectivité et la différence.
L’intention n’est pas de se limiter à une reconstruction purement exégétique de la pensée de de Lauretis, mais d’en valoriser la portée analytique et heuristique dans l’étude contemporaine des questions liées aux genres, aux sexualités, aux identités et aux pratiques individuelles ou collectives.
Excentricité. En 1987, de Lauretis rédige l’article Eccentric Subjects: Feminist Theory and Historical Consciousness, qui sera publié trois ans plus tard, en 1990. Cet essai ouvrira ensuite le volume Eccentric Subjects, un recueil d’articles écrits entre 1987 et 1988. La question à laquelle de Lauretis tente de répondre est la suivante : de quelle manière les études de genre – qui constituaient un champ de savoir nouveau et original apparu à cette époque – interrogent-elles les relations entre genre, sexualité et sujet ? La perspective de de Lauretis est particulièrement intéressante dans la mesure où elle fait du sujet excentrique, et non de la femme, le protagoniste de l’énonciation dans le discours théorique féministe. Le sujet qui incarne la théorie féministe est immanent et, en même temps, transcendant par rapport aux dispositifs sociaux et culturels, au symbolique, « au langage lui-même » (de Lauretis 2025, 74). Son identité est définie par sa propre position « mobile, multiple, précaire, inévitablement compromise mais absolument nouvelle dans la pensée occidentale » (ibid.). C’est pourquoi le sujet de la conscience féministe occupe « des positions multiples, réparties sur divers axes de différence » (ibid., 115).
Queer. En 1991, Teresa de Lauretis, dans un numéro spécial de la revue Differences, invente – pour reprendre l’expression bien trouvée de Massimo Prearo (2012) – la théorie queer. Ce numéro spécial rassemble les différentes contributions qui ont animé une conférence sur l’homosexualité organisée en 1990 à l’université californienne de Santa Cruz et promue par Teresa de Lauretis elle-même qui, comme l’explique la chercheuse, souhaitait « forger une nouvelle expression qui inciterait les participants à considérer les deux formes d’homosexualité – lesbienne et gay – dans leurs conditions d’existence historiques, matérielles, sociales et symboliques respectives, et à en faire l’objet d’une réflexion théorique » (de Lauretis 1999, 105). De Lauretis espérait que la conférence jetterait les bases d’une nouvelle approche de l’étude de l’homosexualité afin qu’elle ne soit plus « considérée » (de Lauretis 1991, iv) comme marginale, transgressive et déviante par rapport à la forme dominante et stable, à savoir l’hétérosexualité. Au contraire, les homosexualités masculines et féminines devaient être « reconceptualisées » (ibid.) – reconstruites – en tant que « formes sociales et culturelles ». Le concept « queer » a permis de résoudre une grave antinomie dans laquelle les études sur l’homosexualité étaient tombées : si, d’une part, les termes « lesbienne » et « gay » – note de Lauretis (ibid., v) – désignaient un monde multiforme et bigarré de modes de vie, de sexualités, de pratiques sexuelles, de discours et de connaissances scientifiques, d’autre part, cependant, l’expression « lesbiennes et gays » s’était progressivement standardisée ». La théorie queer, en revanche, a permis « à la fois de transgresser et de transcender (…) de problématiser » ces catégories pour parvenir à saisir toutes les différences. Le queer permet de saisir les configurations de l’expérience sexuelle et affective marginalisées ou pas encore pleinement thématisées. De Lauretis admet que « nous ne savons pas suffisamment comment théoriser ces différences » (ibid.) : le queer est l’épistémologie qui permet de le faire.
L’appel à contributions « Teresa de Lauretis : queer et excentricité » invite à réfléchir au dépassement des frontières épistémologiques (entre disciplines et domaines de recherche), spatiales (pratiques, représentations et identités spécifiques) et des distinctions (homme/femme, masculin/féminin, binaire/non-binaire, etc.).
L’appel est ouvert à des contributions interdisciplinaires mobilisant des approches issues des études féministes, des études queer, de la sociologie, des études culturelles, des études médiatiques. Les contributions pourront être théoriques, empiriques, méthodologiques ou réflexives, à condition de s’inscrire dans un cadre analytique explicite.
Références
- de Lauretis, T. (1987). Technologies of Gender: Essays on Theory, Film, and Fiction. Bloomington : Indiana University Press.
- de Lauretis, T. (1989). Differenza e indifferenza sessuale. Florence : Estro Editrice.
- de Lauretis, T. (1994). Habits Changes. differences: A Journal of Feminist Cultural Studies. 6(2+3), 296-313.
- de Lauretis, T. (1996). Sui generis : scritti di teoria femminista. Milan : Feltrinelli, 1996.
- de Lauretis, T. (1997). Pratique de l’amour. Parcours du désir pervers. Milan : La Tartaruga (éd. orig. 1994).
- de Lauretis, T. (2025). Soggetti eccentrici. Con il saggio di teoria femminista: “sessualità lesbica d gay. Un’ introduzione”. Sesto San Giovanni (MI) : Asterisco Edizioni.
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